Des données à la dignité : ce que révèle l’étude SAHAJ sur les droits des personnes trans et la nouvelle loi sur les personnes trans
Partout en Inde, les personnes trans et de genre divers continuent de mener un double combat : celui de la reconnaissance juridique et celui du droit de vivre dans la dignité. Au Gujarat, la récente étude de la Fondation SAHAJ–Foram sur l’accès des personnes transgenres à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SRHR) offre des perspectives essentielles, fondées sur des données, concernant cette lutte. Ancrée dans les principes de la recherche féministe et guidée par les voix de la communauté, cette étude met en lumière les lacunes de nos systèmes de santé et de gouvernance, qui risquent toutes de s’aggraver avec la nouvelle loi sur les personnes transgenres de 2026.
Alors que nous nous rapprochons de l’échéance de 2030 fixée pour l’engagement envers les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 3 sur la santé et l’ODD 5 sur l’égalité des genres, cette recherche soulève une question cruciale : qui compte comme « tout le monde » dans le principe de ne laisser personne de côté ?
Un cadre féministe de participation et de validation
Cette recherche est importante non seulement pour ses conclusions, mais aussi pour la manière dont elle a été menée. L’étude a été lancée à la suite de consultations avec des représentants transgenres qui ont identifié les questions relatives à la santé et aux droits sexuels et reproductifs (SRHR) auxquelles ils souhaitaient obtenir des réponses, et elle a été validée par la communauté à chaque étape de sa conception, de son interprétation et de sa diffusion.
Vingt-quatre entretiens approfondis menés à Ahmedabad, Surat et Vadodara ont permis de faire entendre les voix des communautés d’hommes transgenres, de femmes transgenres et de Hijras. Chaque témoignage reflétait la manière dont l’exclusion systémique des services de santé et des droits sexuels et reproductifs (SRHR) aggrave d’autres formes de marginalisation économique et sociale.
Un paysage de déni : ce que révèlent les données
« Je ne pensais pas que j’allais rencontrer autant de problèmes… Je n’arrivais pas à trouver un seul logement dans cette ville. Les gens me disaient : “Êtes-vous transgenre ? Non, non, nous ne pouvons pas vous louer cette maison.” Il y avait une dame, une propriétaire. Elle m’a refusé. Je lui ai demandé : « Pourquoi me refusez-vous ? Je suis prêt à vous payer ce que vous demandez. » Elle a répondu : « Si vous restez ici, d’autres comme vous viendront. » … C’était très dur pour moi. Ces problèmes existent bel et bien. On ne trouve pas de logement ; on ne trouve pas de travail. » (R22, personne transgenre de 21 ans)
Les observations faites au Gujarat reflètent des tendances visibles dans toute l’Inde : des lacunes systémiques en matière d’accès, d’information et de soins respectueux.
- Accès aux soins de santé affirmant le genre : Seuls trois districts du Gujarat – Ahmedabad, Vadodara et Surat – proposent des traitements affirmant le genre dans des établissements publics. Pour la plupart des citoyens transgenres de l’État, les chirurgies essentielles et les traitements hormonaux restent inaccessibles, inabordables et mal communiqués.
- Lacunes dans les connaissances et informations insuffisantes : les personnes trans et hijras interrogées ont souvent découvert l’existence des traitements par le biais de leurs pairs, et non par des médecins. La désinformation concernant les options chirurgicales, les effets secondaires des hormones et les soins postopératoires était omniprésente, révélant l’incapacité du système médical à fournir des conseils précis et valorisants.
- Implications économiques : les chirurgies d’affirmation de genre coûtent entre 240 000 et 500 000 roupies (2 500 à 5 000 USD), un montant bien au-delà des moyens de la plupart des participants, ce qui pousse plusieurs femmes transgenres à se tourner vers des emplois précaires pour financer leur transition médicale.
- Discrimination dans toutes les institutions : la violence familiale, le rejet par les écoles et les lieux de travail, ainsi que le refus de logement constituaient la toile de fond de presque tous les récits de vie. Pour beaucoup, accéder aux soins de santé de base signifiait devoir faire face à la peur et à l’humiliation.
- Pénurie de données : L’étude met également en évidence un problème structurel plus profond : l’invisibilité quasi totale des données sur la santé des personnes transgenres dans les statistiques officielles indiennes. Sans données ventilées, les personnes transgenres restent invisibles dans les discours « universels » sur la santé, rendant les interventions politiques fondées sur les droits pratiquement impossibles.
La promesse face à la réalité : le contexte de la nouvelle loi sur les personnes transgenres
L’arrêt rendu par la NALSA en 2014 avait fait naître l’espoir que l’Inde s’oriente vers une conception de l’identité de genre fondée sur les droits, ancrée dans l’auto-identification, la dignité et la non-discrimination. La nouvelle loi sur les personnes transgenres remet toutefois en cause ce principe.
La loi révisée introduit une commission médicale dans le processus de reconnaissance légale, remplaçant le principe d’auto-identification fondé sur les droits. Ce changement a une portée considérable. Il transfère l’autorité sur l’identité de genre de la personne vers l’État et les gardiens du système médical, créant un système où les personnes transgenres doivent à nouveau prouver qui elles sont pour être reconnues.
Pour une communauté déjà confrontée à des retards, à des obstacles financiers et à un accès inégale aux soins, il ne s’agit pas d’un simple changement administratif. Il risque d’aggraver l’exclusion en faisant dépendre l’identité légale d’un système de santé surchargé, d’une certification médicale et du pouvoir discrétionnaire des autorités administratives. Il expose également davantage les personnes concernées au risque de dévoilement, de stigmatisation et de refus, en particulier celles qui évitent déjà de révéler leur identité dans les établissements de santé en raison d’un manque de respect, d’une erreur de genre ou de préoccupations liées à la vie privée.
L’étude de la SAHAJ montre pourquoi cela est important : les personnes interrogées se heurtaient déjà à des obstacles majeurs pour accéder à des soins même de base et affirmant leur genre, notamment une disponibilité limitée des services, un manque de conseil éclairé et un suivi insuffisant. Dans ce contexte, accorder une place plus centrale à la certification risque d’aggraver les préjudices plutôt que d’étendre les droits.
D’un point de vue politique féministe, la question n’est pas simplement de savoir si un certificat existe. La question plus profonde est la suivante : qui a le droit de définir la personnalité, et quel pouvoir institutionnel est exercé sur des corps structurellement exclus ? Les données de recherche montrent que les personnes trans ne demandent pas un traitement exceptionnel ; elles demandent des systèmes qui fonctionnent, qui les respectent et qui les reconnaissent comme des citoyennes et des citoyens jouissant de droits.
Cela inclut :
- des soins d’affirmation de genre rapides, abordables et décentralisés ;
- des prestataires formés qui comprennent les différentes identités trans et les besoins de santé ;
- le respect de la vie privée et la non-discrimination dans les hôpitaux publics ;
- une éducation sexuelle complète dans les écoles ;
- des possibilités de logement, d’éducation et d’emploi sûres ;
- et une conception des politiques qui inclut les organisations dirigées par des personnes trans à chaque étape.
Il ne s’agit pas d’« intérêts particuliers ». Ce sont les conditions essentielles à une citoyenneté égale.
Ce qu’exigent les données
L’étude plaide fortement en faveur d’une action politique dans quatre domaines. Premièrement, les soins de santé doivent être décentralisés au-delà de quelques centres urbains, avec au moins un hôpital équipé ou un centre de référence dans chaque district, y compris des services de conseil et de suivi. Deuxièmement, les prestataires doivent être formés aux besoins de santé spécifiques aux personnes trans, notamment en matière de communication, de confidentialité, d’hormonothérapie, de suivi postopératoire et de santé reproductive. Troisièmement, les systèmes publics doivent cesser de traiter l’identité trans comme un problème à certifier et reconnaître plutôt l’autodétermination comme fondement de la dignité et de l’accès aux soins. Quatrièmement, les programmes gouvernementaux et de RSE devraient financer des systèmes de soutien dirigés par des personnes trans et ancrés dans la communauté, car l’étude montre clairement à quel point les ONG deviennent souvent les seuls espaces sûrs et valorisants disponibles.
La loi va dans la direction opposée. Elle renforce la surveillance de l’État sur l’identité au lieu d’élargir l’accès aux soins et à l’inclusion. C’est pourquoi les préoccupations de la société civile sont si vives : la nouvelle loi risque d’engendrer davantage de paperasserie, davantage de contrôles d’accès et davantage de vulnérabilité sans s’attaquer aux véritables obstacles auxquels les personnes transgenres sont confrontées. Les preuves sont déjà évidentes. Il ne reste plus qu’à trouver la volonté politique d’agir en conséquence.